En cette fin du mois de mai, traditionnellement consacré à la Vierge Marie, les Peyniérens ont retrouvé avec émotion l’une des silhouettes les plus familières du village : la statue de la Vierge installée à l’angle de l’avenue du Cabaret et de l’avenue de la Vierge a retrouvé ce matin son piédestal après plus de deux mois d’absence.
Retirée à la mi-mars afin de bénéficier d’une restauration complète, cette statue en fonte de fer peinte de près de 200 kg avait rejoint les ateliers spécialisés de conservateurs-restaurateurs du patrimoine à Cavaillon. Une intervention d’ampleur, la plus importante jamais réalisée sur cette œuvre installée en 1898, comme le rappelle l’inscription gravée sur son socle.
Durant son absence, nombreux sont les habitants qui ont mesuré l’attachement profond qu’ils portent à cette statue. Visible chaque jour au détour de la route, elle accompagne depuis des générations la vie du village. Certains Peyniérens lui adressent même, discrètement, quelques pensées ou confidences au fil de leurs passages quotidiens. Son absence avait laissé un vide dans le paysage familier du quartier du Clos des Dames.
Le chantier de restauration a permis de révéler l’état préoccupant de l’œuvre, fragilisée par plus d’un siècle d’exposition aux intempéries. Les spécialistes ont constaté d’importantes altérations : corrosion de la fonte, fissuration de la base, nombreuses couches de peinture dégradées, encrassements biologiques, mousses et lichens qui retenaient l’humidité et accéléraient sa dégradation.
Après une phase d’analyses et de sondages permettant de mieux comprendre l’histoire de la statue et les différentes campagnes de repeints successives, les restaurateurs ont procédé à un décapage complet des anciennes couches altérées. Un long travail minutieux de nettoyage manuel et mécanique a ensuite permis de retrouver le métal sain jusque dans les moindres reliefs de l’œuvre.




La statue a également bénéficié d’un important traitement de conservation avec l’application d’inhibiteurs de corrosion puis de plusieurs couches de protection anticorrosion destinées à assurer sa préservation durable face aux conditions extérieures.




Parmi les interventions les plus remarquables figure la restitution du pouce manquant de la main gauche. Réalisée à partir d’un moulage du pouce opposé afin de respecter parfaitement l’anatomie et la symétrie de l’œuvre, cette reconstruction vient redonner toute son intégrité à la statue.
Cette restauration a aussi permis de mieux comprendre l’évolution esthétique de la Vierge au fil du temps. Les analyses ont révélé qu’elle était probablement entièrement blanche à l’origine avant d’être repeinte plus tard dans les célèbres teintes bleues devenues emblématiques pour les Peyniérens. Fidèle à l’image que les habitants connaissent depuis des décennies, la commune a choisi de conserver ces couleurs traditionnelles tout en y apportant quelques subtils détails nouveaux, notamment des finitions dorées sur le col de la robe et la ceinture.




A travers cette restauration, la municipalité réaffirme sa volonté de préserver ces petits témoins de l’histoire locale qui font l’âme de Peynier et constituent un patrimoine commun précieux pour les générations futures.
Un peu d’histoire…
Cette statue de la Vierge, datée de 1898, représente l’Immaculée Conception, une figure majeure de l’iconographie religieuse de la fin du XIXᵉ siècle. La Vierge y apparaît debout sur un globe, écrasant sous son pied le serpent tenant la pomme, symbole du mal et du péché originel. Cette représentation illustre la victoire du bien sur le mal et renvoie au dogme de l’Immaculée Conception proclamé au XIXᵉ siècle.
Le marquage « Peaucelle Coquet Paris » visible au dos du socle permet d’identifier son fabricant : une importante maison parisienne spécialisée dans la production de statuaire et d’objets religieux. Réalisée en fonte de fer moulée, cette œuvre témoigne du savoir-faire industriel français de l’époque, lorsque les grandes maisons d’art religieux diffusaient leurs créations dans toute la France pour orner églises, oratoires et places de villages.
Installée à la sortie du village à une époque où ce secteur marquait encore la limite entre les premières habitations et la campagne environnante, plus d’un siècle après sa création, cette statue demeure ainsi un précieux témoin du patrimoine religieux et artisanal de son époque au cœur de notre village.
































